L'après Rennes-Nantes, par Marco Grossi
Humeurs / 08/03/2016

L'après Rennes-Nantes, par Marco Grossi

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Le monde entier retient son souffle : le match de l'année, ni plus ni moins. De la Chine à l'Alaska, du Togo à la Moldavie, de Bréquigny à Villejean, les torses (et les nichons) sont bombés sous les maillots frappés de l'hermine. Si les Rouge et Noir veulent reconquérir le cœur de leur public et regarder vers le haut, il faut gagner.

Salut les artistes,

Je suis de retour après une pause salutaire. Regarder le match contre Toulouse après avoir subi celui contre Caen était au-dessus de mes forces. Et j'avais du très bon vin à boire avec les copains. Même si Courbis fait passer Ferguson pour un petit joueur avec deux nouveaux buts en toute fin de match pour une victoire inespérée, le contenu a encore semblé très faible côté Rouge et Noir.

Oui mais voilà. Ce dimanche, ce sont nos meilleurs ennemis, les esclavagistes, les obsédés du trophée, les Vendéens du Nord et leur terrible Brigade Loire qui débarquent au Roazhon Park. Si les Rennais ne sortent pas leurs grosses baloches sur la pelouse à cette occasion, ce n'est plus la peine d'espérer quoi que ce soit. Le Captain Danzé l'a d'ailleurs dit en avant-match, l'équipe est toujours à la recherche du fameux "match référence". Et s'il venait au meilleur moment pour le Stade Rennais et pour ses supporters ? SUSPENSE.

Préambouche :

Grâce à sa victoire aussi étriquée que le cerveau de Lucas Deaux, Rennes aborde le 70e derby contre Nantes à la 6e place, 1 point devant son adversaire du jour et à 1 point du podium. Avec un fond de jeu aussi fébrile, ça tient du miracle, mais ça permet de ne pas trop paniquer. Une fois n'est pas coutume, Courbis a sorti le grand bluff en faisant croire toute la semaine à l'absence de Dembélé dans le XI de départ. Bluff toujours, le Rolland nous sort une composition assez excitante : un 4-4-2 à plat, avec notamment Gourcuff à gauche et Dembélé en 2e attaquant, derrière Sio.




Le match :

Pas facile de parler de ce match avec une érection continue depuis près de 24h, mais je vais faire de mon mieux. Plus de 29 000 spectateurs sont présents, record de la saison pour le Roazhon Park. REP A SA LA LIGUE 1. En avant-match, le RCK montre à nouveau qu'il est un groupe de supporters extraordinaire avec une banderole et un tifo magnifiques. Peu de clubs de Ligue 1 peuvent se targuer d'avoir des ultras comme ça. Jugez plutôt :

 

"Nous sommes Roazhon" / "Avec force et honneur défendez nos couleurs"


Le match débute. Et alors là messieurs-dames… Dès la 1', Grosicki obtient une faute côté droit. Il tire le coup franc, mal repoussé par la défense. Ou plutôt si : le ballon arrive sur Dembélé, qui, après un contrôle, nettoie la lucarne d'un Riou immobile. Rennes 1 – 0 Nantes. OK LES MECS.


Oussupermane.
  
Portés par leur entame parfaite, les Rouge et Noir continuent de plus belle par l'intermédiaire d'un Dembélé intenable : l'attaquant rennais frappe à côté (6') avant de buter sur Riou après un service parfait de Grosicki (7'). Les Nantais tentent de réagir sur corner, sans danger. Orgasme, acte II : le Stade Rennais fait rapidement le break après une longue séquence de jeu. Danzé envoie Grosicki sur orbite avec une longue transversale dans la surface. Le Polonais s'emmène la balle de la poitrine et trompe le gardien à bout portant. Rennes 2 – 0 Nantes. PINCEZ-MOI.


Quelle taille, l'anus des Nantais, Kamil ? 

Même si l'ouverture du score rapide donne un avantage évident aux Rennais dans la physionomie tactique, ils ont le mérite de faire exactement ce qu'il faut pour étouffer les Canaris : un engagement énorme, un pressing intelligent, une récupération de balle impeccable (Gelson en 6 avec André un peu plus haut, quel régal) et des projections rapides devant. Comme quoi, c'est simple le football. Nantes garde la tête hors de l'eau surtout grâce à ses attaquants, qui pèsent sur notre charnière centrale dans les duels aériens. Mais Armand et Mendes sont vigilants et participent activement à la récupération et à la relance. 23' : suite à une faute sur Gourcuff sur la gauche du terrain, Dembélé tire le coup-franc rentrant en direction du but. Laissé seul par la défense, M'Bengué effleure la balle, qui finit au fond des filets. Le but sera finalement accordé à "Dembouz". Rennes 3 – 0 Nantes. EUH… COMMENT TE DIRE QUE C'EST LE PLUS BEAU JOUR DE MA VIE.


De la sienne aussi apparemment

Quand tu te dis que si t'aurais su t'aurais pas v'nu ! #TasDisparuCommeLaBrigadeLoire pic.twitter.com/JyMXrjOvnh

— J A C Q U E S (@JacquesYsourget) March 7, 2016 " target="_blank">

À noter que, comme Grosicki sur l'ouverture du score, Dembélé a tiré son coup-franc en deux temps, après une première feinte de tir. Suffisant pour désorganiser la défense vendéenne, aussi réactive que Vincent Lambert. Quelques minutes plus tard, Armand concède un coup franc à la limite de la surface. Adryan se charge de le tirer n'importe comment. Les Rennais ne se contentent pas d'attendre leur adversaire, à l'image de Gelson, mort de faim à la récupération sur Gillet, et qui se l'enfile par les deux manches (30'). Les Nantais se montrent un peu plus, sans pour autant nous inquiéter, comme sur une reprise pourrie de Gomis, facilement captée par Costil. 35', Sio rend hommage à l'Ille-et-Vilaine à sa manière, en prenant son jaune habituel pour une semelle sur Vizcarrondo, pourtant pas méchante, vu la gueule de Lorenzo Lamas que se paie le Vénézuélien.

Nouveau symbole de l'envie des Rennais, sur un corner adverse, la défense rouge et noire s'y met à trois sur le porteur du ballon et Armand relance efficacement sur Grosicki, qui s'empale sur la défense. Sio est lui aussi mis à contribution défensivement dans un gros duel avec Bedoya. L'attaquant rennais semble d'ailleurs nerveux, avec un mauvais geste d'humeur. Quelques minutes avant la pause, les vrais Bretons amorcent un nouveau contre suite à un renvoi du poing de Costil. Gourcuff temporise, décale Gelson qui lance Ousmane Dembélé, dont la frappe sèche oblige Riou à une belle parade. Deux minutes plus tard, le minot se retrouve à nouveau seul face au gardien suite à un alignement nantais digne de la dentition d'un SDF pakistanais. Malheureusement, il s'emmêle les pinceaux et ne peut frapper. Pas de souci : à la 44' (OH OUI) les Rennais font montre une nouvelle fois de leur capacité de projection. Sur un centre jaune pipi venu de la droite, la défense centrale rennaise repousse. André se bat à la récupération, tacle le ballon vers Sio, qui lance Dembélé en une touche dans le rond central. L'attaquant accélère et se retrouve au duel avec Cana. Vous vous souvenez du crochet de Zizou sur Puyol en 2006 ? ET BEN C'EST PIRE. Ousmane conclut en trompant Riou d'une frappe croisée pleine de sang-froid. Rennes 4-0 Nantes.


​La défense Nantais contrôle la situation.

 

Mi-temps. On m'aurait dit que Rennes allait mener 4 à 0 à la mi-temps, je me serais effondré au sol en convulsant dans ma bave. Et pourtant : entame de match idéale, engagement et intensité de tous les instants, justesse technique, application, efficacité, tout y est. En face, c'est le néant, le vide, la nullité, la honte, le rien, nada, nicht, que dalle : une conférence de rédaction à BFMTV.

La deuxième mi-temps repart sur les mêmes bases. Les Rennais attendent un peu plus leurs adversaires, et c'est bien normal, mais ils continuent à récupérer les ballons haut (47', 52', 55') et à se projeter vite devant (Sio trop court sur un centre de Dembélé 52', frappe de Grosicki 54'). Le tout ponctué d'une belle solidarité défensive, qui voit Gelson compenser dans l'axe sur un débordement à gauche ou encore l'inévitable Dembélé se permettant même un petit pont devant sa surface. MAIS QUI ETES-VOUS MONSIEUR.

À l'heure de jeu, les Nantais décident que les tartines de caca ce n'est pas très bon et réduisent le score sur une perte de balle rennaise au milieu de terrain. Thomasson déborde côté droit, s'infiltre dans la surface et centre en retrait pour Adryan qui fusille Costil. Rennes 4-1 Nantes. Maigre consolation devant le meilleur public de Fra… Ah bah non.

 

Non, vous ne rêvez pas : la Brigade Loire a quitté le stade à la mi-temps. Le speaker a même dû faire une annonce pour que les chauffeurs de bus récupèrent leurs enfants clients. #TasDisparuCommeLaBrigadeLoire.

Dans la foulée, Der Zakarian effectue deux changements, avec les entrées d'Audel pour Thomasson et de Bammou pour Adryan. Autant te dire que les passeur et buteur étaient ra-vis de quitter le terrain. Rennais un jour, Rennais toujours : malgré une avance encore confortable, l'équipe recule petit à petit, met moins d'intensité au pressing, est moins présente au contact du porteur de balle et concède quelques occasions heureusement peu dangereuses. Courbis réalise son premier changement à la 65' en faisant sortir Gourcuff, encore très juste physiquement, au profit de Baal. Bonne idée pour muscler le milieu tout en conservant une capacité offensive sur centre notamment. Trois minutes plus tard, c'est le drame : sur un duel aérien, Sio laisse traîner le coude et récolte son 2e carton jaune. Bonne douche. La suite est écrite : on recule encore plus, les Nantais arrivent enfin à mettre un peu de pression, on est beaucoup moins efficaces dans la relance.


 

Sigthorsson, qui n'est pas loin de prendre le même tarif que Sio, sort, laissant sa place à Sala. Réduits à dix, les Rouge et Noir laissent clairement l'initiative à leurs adversaires tout en défendant plutôt bien. La défense concède cependant une énorme occasion à la 77'. Sur un coup-franc tiré par Audel, Bammou éclate le poteau gauche de Costil de la tête, avant que Gelson ne dégage en catastrophe. Mais hormis cette alerte, les Bretons subissent sans être déséquilibrés. Le bloc fait front. À dix minutes du terme, Dembélé reçoit l'ovation qu'il mérite de la part du Roazhon Park en cédant sa place à Boga. Costil est vigilant sur un centre-tir de Moimbé, tandis que Baal est présent dans son couloir sur Sabaly (85'). Courbis encule définitivement le match en faisant entrer Gnagnon à la place de Grosicki. Mais quand je dis à la place, c'est à la place : LE MEC SE RETROUVE ATTAQUANT DE POINTE. Pour le plus grand bonheur de Dembouz et Gourcuff, morts de rire sur le banc quand le défenseur rennais fait du saute-mouton sur un Nantais pendant un duel. Bedoya fait passer un dernier frisson dans nos SIF avec une reprise à bout portant que Costil repousse admirablement. Les Rouge et Noir ne paniquent pas, gagnent intelligemment du temps, et laissent Moimbé réussir un drop qui finit sur le parking à la 93'. Fin du match.

 

Les Rouge et Noir ensemble pour la victoire :

Le gardien : Encore un match impeccable de Costil, décisif sur les rares actions nantaises. Il ne peut rien sur le but.

La défense : La Danze a réalisé l'un de ses meilleurs matches de la saison. Appliqué défensivement, il s'est même permis une passe décisive de toute beauté sur le but de Grosicki. Mendes et Armand ont souffert en début de match face à la puissance de Sigthorsson, mais ils ont finalement pris la mesure de leurs adversaires et ont été essentiels à la récupération.

Le milieu : Positionné en retrait par rapport à André, Gelson n'a eu qu'à se soucier de poser ses couilles sur les nez nantais, et il l'a fait de fort belle manière. André a non seulement récupéré le plus de ballons côté rennais, mais il a aussi été précieux techniquement dans les phases de projection rapide. Positionné sur l'aile gauche, Gourcuff était encore trop limite physiquement et ça s'est ressenti dans les duels. Heureusement qu'il a pu compenser techniquement. Baal a apporté son impact physique et sa qualité défensive, ce qui a fait du bien quand les Nantais poussaient.

L'attaque : J'inclus Grosicki, même s'il était au départ positionné milieu droit, car il surtout travaillé avec ses petits copains devant. Le trio Grosicki-Dembélé-Sio a beaucoup permuté, notamment en 1ère mi-temps, ce qui a énormément gêné la défense nantaise. Le Polonais a réalisé un match plein, récompensé par ce but plein d'abnégation. Sio, même s'il est sorti prématurément et n'a pas marqué, a été précieux dans son rôle de fixation pour Dembélé. Il a aussi beaucoup travaillé défensivement, notamment dans le couloir droit. Boga n'a eu beaucoup de temps pour se montrer, surtout dans ce contexte, mais il a su conserver intelligemment le ballon quand il le fallait. Gnagnon est entré comme une cerise sur le gâteau : le jeune défenseur, placé aux avant-postes, a fait n'importe quoi. Mais il l'a fait avec une telle envie et un tel engagement qu'il a dû ravir tous les supporters. Et enfin... Dembélé : en première mi-temps, 5 tirs tentés, 4 cadrés, 3 buts, 8 dribbles tentés, 5 réussis. WHAAAAAAAAAAAT. Le kid a été époustouflant, rayonnant, magnifique, priapique. D'une réussite insolente, il aurait même pu en caler deux de plus dans les fondements vendéens. Espérons qu'il maintienne ce niveau jusqu'à la fin de la saison, que les recruteurs du monde entier qui vont s'entasser dans les loges du Roazhon Park le laissent tranquille et qu'on le retienne encore un peu. D'après ce que son entourage dit dans la presse c'est bien parti.


"Trop tôt pour partir dans un grand club" (buzzfeed.com)

 

Vestibule :

Difficile d'analyser ce match. Évidemment, l'ouverture du score dès la première minute a biaisé l'opposition, mais les Rouge et Noir ont su en profiter, enfoncer le clou et exploiter parfaitement les f(aibl)esses adverses et les contres qui leur étaient offerts. Surtout, ils ont retrouvé des qualités qui leur faisaient défaut depuis plusieurs matches : de l'engagement, de l'envie, de la solidarité, du sérieux, de l'intelligence et un niveau technique bien meilleur. Ne soyons pas dupes : le fait que ce soit Nantes en face n'y est pas pour rien, et tous les problèmes ne se sont pas évaporés. Mais les Rennais ont eu le mérite de faire le match qu'il fallait, quand il le fallait. Alors ne boudons pas notre plaisir et apprécions ce moment pour ce qu'il est : un vrai beau moment de football et de bonheur. Merci les gars.







 

Bonus track :

Il devrait plutôt se tourner vers la reconstruction anale